mercredi 7 décembre 2016

De si tendres adieux (Romain Lucazeau)

Or donc, double programme aujourd'hui (Pour en savoir + ).

  …. Le style, en littérature, c’est comme le temps pour Saint Augustin ; De si tendres adieux de Romain Lucazeau offre la possibilité de sortir de cette aporie et d’en faire l’expérience sans avoir à l’expliquer, tant la limpidité de ce que peut être le style saute aux yeux de quiconque s’aventure dans les pages de cette nouvelle.

Parue dans l’excellent quatre-vingt-quatrième numéro de la revue Bifrost (Pour en savoir +), elle est à la fois une belle introduction au diptyque de l’auteur – Latium – et la pente savonneuse qui ne peut qu’y conduire.
En 26 pages, le romancier a réussi la gageure de me faire vivre en « temps réel » ce que vit Béréniké, personnage « précipité dans un monde horrible, un monde sans couleurs [..]. » qui « ne peut ressentir aucun étonnement, aucune surprise, aucune nouveauté. »
Lire De si tendres adieux est comparable à feuilleter les pages centrales d’un numéro du magazine Playboy ; captivé par ce qu’il voit, l’esprit divague de conserve alors que le corps s’enthousiasme.
Un enthousiasme tout ce qu’il y a de plus platonicien s‘agissant de la nouvelle de Lucazeau, mais tout aussi jouissif (si je puis dire).

Il y a peu, le grand public fut sommé de prendre partie.
En effet, l’Education Nationale voulait enterrer deux des langues mortes qu’on pratiquait jadis ou naguère (je ne sais plus) dans ses succursales dédiées au Savoir & à l’enseignement : collèges, lycées et tutti quanti. Romain Lucazeau montre d’une manière élégante et érudite, comment faire de ces langues du passé (et des cultures qui y sont associées) le viatique innovant d’une science-fiction ambitieuse - à la fois incrémentale et disruptive – et captivante ; même pour ceux dont les connaissances dans ce domaine sont nulles (ou presque).

…. Narration « maximaliste », cognitive estrangement, sense of wonder, les mots me manquent pour décrire l’expérience que j’ai eue en lisant cette courte nouvelle, mais si l’auteur tient la distance sur les deux tomes de Latium (presque 1000 pages à eux deux tout de même) dont le récit dont il est question ici (je le rappelle) fait partie, l’anamnèse de Philip K. Dick (Pour en savoir +) risque de compter pour du beurre par rapport à ce que je m’apprête à vivre en les lisant.

Je dois dire que ça fait un peu peur ! [-_ô]

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